LA PERMAINGENIERIE

Réflexions pour une éthique de l’ingénieur dans un monde en déclin.

« Le progrès technique est comme une hache qu’on aurait mis dans les mains d’un psychopathe. » Albert EINSTEIN.

« Alors que les problèmes du monde deviennent de plus en plus compliqués, les solutions demeurent honteusement simples. » Bill MOLLISON, co-fondateur de la permaculture.

1) Introduction

D’une certaine façon, je pense que les ingénieurs (dont je suis), peuvent être considérés comme partiellement responsables de la dégradation écologique de la planète. Même si ce n’est en général pas conscient ou volontaire, les pollutions générées par les usines, les pots d’échappement, l’extractivisme des énergies fossiles, ou encore la fabrication de plastiques, ont été mises en œuvre par les travaux de l’ingénierie.

En ce sens la responsabilité de mes pairs me semble engagée, et même si elle n’est pas exclusive, j’estime que nous devons contribuer à corriger la situation.

Le texte qui suit décrit un positionnement éthique pour une ingénierie éco responsable, dans laquelle j’espère voir mes pairs ingénieurs, mais aussi de nombreux citoyens, s’inscrire le plus rapidement possible.

2) La crise de l’ingénieur

Beaucoup d’ingénieurs vivent actuellement une crise d’identité profonde. Les récents scandales technologiques (affaire du ‘Diesel-gate’ chez Volkswagen par exemple), la situation climatique, le sentiment de ne pas œuvrer pour le bien commun en travaillant dans une industrie polluante, ont eu pour effet de plonger ces cadres techniques dans une quête de sens sans précédent (voir l’article du monde d’avril 2019 « Une perte de sens totale » [1]).

Pour mieux comprendre cette crise, commençons par rappeler le constat fait par Fanny VERRAX et Laure FLANDRIN, dans leur ouvrage « quelle éthique pour l’ingénieur » [2] :

« Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la libération du rythme de la croissance économique et l’accélération du progrès technique ont transformé les sociétés occidentales. Jamais dans l’histoire humaine les existences individuelles et collectives n’ont été à ce point conditionnées par l’économie et traversées par les techniques. Mais les possibilités émancipatrices des réalisations de l’ingénierie humaine se retournent aujourd’hui en véritables menaces : désormais déployées à l’échelle planétaire, elles mettent en danger les équilibres socio-environnementaux et parfois même l’avenir de l’humanité ».

Jusqu’à présent, il semble que les ingénieurs ne se soient que trop peu posés la question de l’impact environnemental de ces technologies. Des facteurs comme l’évolution récente de notre formation, la « soumission » aux valeurs de l’entreprise, le morcellement du travail, ou un recours massif à la sous-traitance, limiteraient notre capacité à appréhender ce phénomène (Voir [2]).

Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous se sentent responsables de cette situation, et ne veulent plus contribuer à la soutenir. De plus en plus d’initiatives visent à proposer un nouveau positionnement, ou à se rassembler dans une volonté de soutien pour résoudre cette crise identitaire. On citera par exemple le travail de fin d’études de deux anciens élèves de l’école Centrale de Nantes, Paul-Henri François et Corentin Gaillard, étudiant le rôle de l’ingénieur dans un monde en décroissance (http://www.projet-decroissance.net/wp-content/uploads/2019/11/Rapport-Decroissance-Ingenieur.pdf), ou l’initiative « ingénieurs engagés » (https://ingenieurs-engages.org/) qui vise à regrouper celles et ceux qui sont en recherche de sens pour leur carrière.

Les scandales technologiques récents renforcent d’ailleurs ce sentiment, et risquent d’amener progressivement la société à remettre en cause la probité des ingénieurs. En conséquence, à plus ou moins court terme, nait le risque que les ingénieurs soient attaqués par la société civile (comme c’est le cas au Québec depuis les années 2000, voir l’article sur le site « techniques de l’ingénieur » [3]), sur son éthique, ses réalisations, et sa responsabilité.

Ce constat étant fait, il me parait utile avant d’aller plus loin, de revenir sur la conjoncture planétaire.

3) Contexte : Le monde en déclin

Dans ses rapports successifs, le GIEC explique que la croissance des émissions de CO2 anthropiques n’est pas soutenable, tout comme notre emprise sur les terres, les océans, et le niveau de pollution actuel. L’IPBES et beaucoup de scientifiques nous alarment également sur la destruction de la biodiversité et ses conséquences dramatiques… Comme évoqué, cette situation est globalement le résultat de l’emprise des hommes sur la nature.

Par ailleurs, le développement et la croissance de la population mondiale sont permis par une augmentation rapide de la consommation des ressources naturelles, démultipliant notre capacité à transformer nos écosystèmes et à dépasser la capacité de charge de la planète.

Or, on sait que bientôt, la disponibilité de ces ressources va drastiquement chuter (lire « la guerre des métaux rares » [4], « or noir, la grande histoire du pétrole » [5], ou encore les cours de Jean-Marc JANCOVICI), ce qui mènera très probablement à une baisse des activités humaines, et au déclin de nos sociétés modernes.

Alors, quel comportement devrions-nous adopter face à ces risques ?

Pour rester en accord avec les limites de la planète il va falloir, selon Vincent MIGNEROT, essayiste et fondateur du comité ADRASTIA [6], « gagner moins, faire avec ses mains, partager avec les autres » [7], mais aussi « construire un déclin » [8], pour éviter de subir une situation non anticipée, comme il le souligne dans ses conférences. Selon le postulat d’ADRASTIA, il est encore possible de se préparer à ce déclin, et d’en amoindrir les conséquences néfastes pour le vivre le mieux possible.

Je pense que c’est sur ce point que le rôle de l’ingénieur est central : développer des techniques permettant à la société de maintenir un niveau de confort minimal sans dégrader l’environnement, tout en ne disposant que de peu de ressources pour le faire. Dit autrement, l’ingénieur pourrait avoir à « faire mieux, avec moins ».

Des initiatives se mettent en place pour aller dans ce sens, comme celle du « Shift Project », association menée par Jean-Marc JANCOVICI, qui a annoncé en mai 2020 la rédaction d’un « plan de transformation de l’économie française » [9], pour proposer une voie et ouvrir un débat « sur les actions que la république devra mener à bien pour tenir ses engagements devant l’histoire ». On citera aussi les travaux des « Colibris » fondés par Pierre RABHI, œuvrant à la création d’une « société écologique et humaine », pour ne citer qu’eux.

Pour les ingénieurs au sens large, pour ceux qui n’ont pas l’opportunité d’appartenir à ces initiatives, c’est-à-dire le plus grand nombre, se posent alors les questions suivantes :

– Comment aider à anticiper les problèmes qui se profilent ?

– De quels leviers disposons-nous chacun à notre niveau ?

4) Le rôle de l’ingénieur :

Selon Christelle DIDIER [11], sociologue de son état, les ingénieurs ont acquis un savoir qui leur confère une responsabilité spécifique : « Les ingénieurs n’ont pas à décider pour les autres ce qu’il conviendrait de faire, mais ils sont placés dans une position qui induit des responsabilités spécifiques. Ils ne savent pas tout, mais ils savent des choses que d’autres ignorent. »

Selon Fanny VERRAX et Laure FLANDRIN, « la première responsabilité des ingénieurs serait de faire profiter l’ensemble de la société de leurs compétences tout en se préoccupant des impacts environnementaux de leur activité ». Ainsi, c’est parce que l’ingénieur dispose de connaissances spécifiques, et qu’il a une responsabilité (même partielle) dans la création technologique qui nous a mené à l’anthropocène, qu’il devrait se placer en garant d’une éthique techno responsable.

On a vu que ce rôle est difficile à tenir dans l’industrie traditionnelle. Il parait donc nécessaire de donner plus de poids à l’éthique dans les orientations et décisions.

Dans le chapitre suivant, je vais tenter de donner un cadre pour renforcer cette vision.

5) La PERMAINGENIERIE, ingénierie éthique, sociale et responsable :

Le cadre proposé sera celui d’un engagement à destination des ingénieurs, que j’appelle la « PERMAINGENIERIE ». Ce terme est la contraction des mots ‘PERMACULTURE’ et ‘INGENIERIE’.

En premier lieu, on peut se demander pourquoi faire référence à un mot, la permaculture, qui semble renvoyer au travail de la terre…

Dans son « Introduction à la permaculture » [12], Bill MOLLISON son fondateur, écrit que le but de « la Permaculture est de développer des modes de vie et de fonctionnement qui ne nuisent pas à l’environnement et qui soient viables économiquement, qui subviennent à leurs propres besoins, qui n’abusent ni des humains ni du vivant, qui ne polluent pas la terre ».

Ainsi, les systèmes permaculturels au sens large, sont sans impact négatif sur la nature et l’homme, et avec une grande capacité de résistance aux crises à venir.

L’engagement de ces « ingénieurs permaculturels » peut donc leur permettre d’être considérés comme des scientifiques qui préservent la santé de la nature et de l’humain, par analogie avec le rôle du médecin. Cela constitue le premier pilier du Permaingénieur.

Dans ce terme qu’on prononcera « per-main-génieur », on notera également la volonté de faire apparaitre le mot « main » en deuxième syllabe, pour faire référence au côté manuel du « Low tech », approche technologique sobre qui constitue le deuxième pilier du mouvement, sur lequel nous reviendrons dans le prochain chapitre.

L’engagement ne se suffisant pas à lui-même, il faut maintenant en décliner le positionnement sociétal, en continuant le parallèle avec celui du médecin :

Le Permaingénieur doit :

  • Être engagé déontologiquement :
    • il doit se former à l’éthique, en connaitre les règles
    • Il doit s’engager via un serment, à protéger la nature et les humains, tout comme le fait un médecin pour ses patients.
  • Connaitre l’impact des technologies qu’il conçoit, afin d’être capable d’évaluer leur rapport bénéfice/risque (tout comme un médecin) :
    • Il doit se former à comprendre la situation écologique de la planète, la problématique climat/énergie, la pollution plastique, les limites planétaires…
    • Il doit maitriser les liens de cause à effet entre une technologie et son impact sur la nature, la biodiversité, le climat.
  • Informer les autres, partager son savoir et le rendre accessible au plus grand nombre, de manière juste et équitable. Créer le débat sociétal, et avoir un rôle de lanceur d’alerte le cas échéant. Voici quelques outils proposés pour cet objectif :
    • Former le public à la « La Fresque du climat » [13]
    • Proposer des conférences, rédiger des articles de vulgarisation
  • Concevoir sobrement la technologie :
    • Il doit étudier et proposer des systèmes compatibles avec les « limites planétaires » [14]
    • Utiliser des méthodes sobres pour concevoir et produire, comme les approches OBREDIM et LOW TECH (voir plus bas).

En synthèse, cet engagement est fondé sur des pratiques éthiques, éco respectueuses, sobres, et équitables. Le Permaingénieur ne sera plus seulement au service des valeurs d’une entreprise, mais aussi de celles de la nature. Il permettra une technologie juste et responsable.

Dans le chapitre qui suit, des méthodes de réflexion et conception sont proposées pour accompagner la démarche.

6) Méthodologies du Permaingénieur pour penser et concevoir sobrement :

a) L’Approche OBREDIM fondée sur la permaculture

On trouve, par exemple sur WIKIPEDIA [15], une définition de ce concept permaculturel :

« Il existe une approche d’ingénierie nommée OBREDIM, acronyme anglais pour Observation, Boundary (Bordure), Resource (ressource), Evaluation (évaluation), Design (conception), Implémentation (mise en œuvre) et Maintenance, qui aide à mettre en œuvre la permaculture » :

  • L’observation permet de récolter des informations qui serviront à comprendre le fonctionnement naturel du système étudié.
  • Les limites sont aussi bien matérielles (limites écologiques, géographiques ou financières), qu’immatérielles (compétence, législation, etc.).
  • Les ressources incluent les personnes impliquées, les finances, ce que vous pouvez faire pousser ou produire dans le futur…
  • L’évaluation de ces trois premières étapes vous permet de vous préparer pour les trois suivantes : C’est une phase où l’on prend en considération toutes les choses à portée de main avec lesquelles on va travailler, existantes ou que l’on souhaite avoir, et où l’on regarde en détail leurs besoins spécifiques et leurs relations.
  • La conception est toujours un processus créatif et intense et l’on doit utiliser au maximum ses capacités à voir et à créer des relations synergiques entre tous les éléments identifiés dans les phases précédentes.
  • La mise en œuvre est littéralement la première pierre posée à l’édifice, en fonction de l’agenda et des principes décidés.
  • La maintenance est nécessaire pour garder le système à son maximum de santé, en faisant des ajustements mineurs si nécessaire. Une bonne conception évitera le besoin de recourir à des ajustements majeurs.

Cette approche contient en elle les principes de la permaculture, qui constitue un des deux référentiels du Permaingénieur.

Pour renforcer la méthode, présentons une approche plus pratique avec le deuxième pilier de la Permaingénierie, le « Low Tech ».

b) L’Approche LOW-TECH :

Le terme « Low-tech », popularisé par Philippe BIHOUIX [16], se définit par opposition au « High tech ». Selon le magazine « Passerelle » d’avril 2020 [17] : « Est low-tech la technique qui est utile, durable et accessible/appropriable. Certains ajoutent également qu’elle est sobre, et utilise des matériaux locaux. »

Selon la « Fabrique écologique » [18] :

« Les low-tech, par opposition aux high-techs, sont une démarche visant, dans une optique de durabilité, à questionner nos besoins réels et développer des solutions aussi faiblement « technologisées » que possible, minimisant l’énergie requise à la production et à l’usage, utilisant le moins possible de ressources / matériaux rares, n’infligeant pas de coûts cachés à la collectivité. Cette démarche n’est pas seulement technologique, mais aussi systémique. Elle vise à remettre en cause les modèles économiques, organisationnels, sociaux, culturels. À ce titre, elle est plus large que l’écoconception. »

En termes de méthodologie, toujours selon la Fabrique Ecologique, la pratique Low-tech utilise les critères de conception suivants :

  • « Sur la capacité à durer : simplicité technologique, robustesse, réparabilité, modularité, possibilité de réutilisation et réemploi, plans et technologie accessibles à tous, interopérabilité…
  • Sur la consommation de matières premières : renouvelables ou non, rares ou non, produites dans des conditions environnementales et sociales « acceptables » ou non, selon le choix et les critères d’exploitation ; facilité à démanteler et à recycler en fin de vie
  • Sur la consommation d’énergie : énergie de fabrication (énergie grise) et à l’utilisation, fossile ou renouvelable
  • Sur l’impact environnemental : empreinte écologique au cours du cycle de vie, externalités négatives (environnementales, sociales et sanitaires) …
  • Sur le degré d’autonomie d’usage, de maîtrise locale, de simplicité, d’accessibilité au plus grand nombre, et donc de résilience, apporté par la solution
  • Sur le « degré d’utilité », même si cette notion est évidemment plus difficile à appréhender. On peut comprendre que la consommation de ressources rares, par exemple, est plus « admissible » ou plus « acceptable » pour certaines utilisations que pour d’autres (pensons aux applications médicales…). Est-ce que les dégâts environnementaux engendrés « valent » vraiment l’utilité de l’objet ou du service rendu ?
  • Sur l’impact systémique de l’innovation : diminue-t-elle ou augmente-t-elle la complexité, le nombre d’interdépendances, par rapport au système en place ? Génère-t-elle des effets induits, positifs ou négatifs (dans leurs conséquences environnementales) dans les usages, les comportements, les modes de consommation ? »

La méthodologie low-tech est une approche compatible avec la conception de systèmes permaculturels, au sens technologique du terme. C’est pourquoi elle fait partie des deux référentiels du Permaingénieur.

L’engagement à respecter ces pratiques, constitue un positionnement éthique qui est central pour le rôle de l’ingénieur.

Mais pourquoi l’éthique, avec ses modes de pensée et comportements, n’est-elle pas plus implantée dans le cursus des écoles d’ingénierie françaises ?

7) L’éthique et le serment du Permaingénieur :

Pour comprendre la relation entre les ingénieurs et l’éthique, faisons un point sur la situation en France ; selon le site « TREMA », citant la revue internationale en science de l’éducation [19] :

« Dans les écoles d’ingénieurs, la formation éthique est encouragée par l’organisme d’accréditation, la Commission des titres d’ingénieurs (CTI) depuis plus de vingt ans. Mais les cours sont encore rares, de même que les recherches à leur sujet […]. L’absence d’une pression claire de la part de la CTI, prescripteur légitime, est aussi le reflet […] d’un contexte national où les ingénieurs ne souffrent ni d’un déficit de reconnaissance sociale (cf au États-Unis), ni de la défiance du public (cf au Québec). Ils ne vivent pas dans un pays qui compte de façon vitale sur leur ingéniosité (cf au Pays-Bas) et n’ont pas traversé de crise existentielle (cf en Allemagne). Nous savons surtout que la formation éthique ne dépend pas de la préexistence d’une déontologie formelle, quel que soit son statut au regard de la loi. Elle dépend avant tout d’une volonté politique qui dépasse les intentions et soutienne la constitution d’un champ d’expertise. C’est ce qui fait défaut en France. »

En conséquence, à ce jour, l’éthique est peu enseignée dans les grandes écoles françaises, ce qui peut laisser la place aux valeurs du capitalisme et ses dérives.

Malgré cette situation, il semble que la donne soit en train de changer. Certains acteurs mettent ce sujet sur la table. Par exemple, l’Ecole des Mines de Saint Etienne a récemment décidé d’intégrer l’éthique à son programme [20]. Un lycée avec classes préparatoires de Grenoble a publié une charte éthique de l’ingénieur [21] …

Il est donc possible que dans un avenir proche, la population des ingénieurs adhère plus fortement à la voie éthique. Cela ne se fera pas aisément, bien sûr, sans une communication large sur ce sujet, et un cadre socio-politique valorisant cette initiative. Il faudra aussi générer le sentiment d’appartenir à un groupe, un corps, unissant les ingénieurs via des principes et valeurs communs, auquel ils pourront se référer pour se sentir soutenus.

Le moyen proposé ici est la mise en place d’un serment de fin d’études dans les écoles. Pour ceux, déjà diplômés et voulant rejoindre le mouvement, une prestation de serment pilotée par la CTI par exemple permettrait de formaliser l’engagement.

J’en propose ci-dessous un modèle, écrit en se basant sur le serment d’Hippocrate (toujours ce parallèle avec la médecine), et couplé aux principes de la permaculture et du Low Tech, les deux fondements du concept :

LE SERMENT DU PERMAINGENIEUR :

“ Au moment de rejoindre l’ordre des Permaingénieurs, je promets de tout faire pour protéger les humains et les non humains, dans le respect des limites de la nature, avec honneur et probité.

Mon premier souci sera de concevoir et développer des technologies préservant et développant le bien être général, dans le strict respect des limites imposées par notre éco système planétaire.

J’informerai et partagerai avec la société les technologies envisagées pour ce faire, leurs raisons et leurs conséquences. Je serai juste et équitable dans les bénéfices que j’apporte.

Je me questionnerai sur la réelle nécessité et l’utilité de mes conceptions et développements, sur l’impact de mon action sur l’environnement, et je remettrai en cause les pratiques qui me semblent en désaccord avec l’éthique, et la préservation de la vie sur terre.

Je ne mettrai pas mes capacités, mon travail, à disposition de personnes ou d’entreprises ne respectant pas les droits de l’homme, de la nature, et du bien commun de l’humanité.

Je prendrai toute la responsabilité de mes actes et ne m’en déchargerai en aucune manière sur autrui.

Je n’utiliserai pas mes connaissances à des fins destructrices.

Je pratiquerai ma profession en toute honnêteté et liberté intellectuelle, avec conscience et dignité.

Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque.”

8) Conclusion

Je viens de proposer des éléments qui donnent à l’ingénieur une éthique lui permettant de s’engager vis-à-vis de la société à la prise en main des enjeux écologiques, et de renforcer sa capacité à s’affirmer face à la pression des valeurs du capitalisme. Cette approche est encadrée par le serment du Permaingénieur.

J’ai aussi proposé de donner à l’ingénieur un rôle sociétal, au travers de méthodes visant à préserver notre planète et à permettre au reste de la société d’y contribuer. J’espère voir ces principes enseignés dans la plupart des écoles et universités.

Le rôle du Permaingénieur est finalement une synergie entre l’esprit permaculturel, l’engagement dans une éthique écologique, et l’approche Low-tech.

Si ce positionnement était revendiqué par un grand nombre d’entre nous, nous pourrions faire changer de l’intérieur les industries qui se cachent derrière le « greenwashing » [23], en faisant pression à l’embauche par exemple.

Par la suite, la crédibilité préservée des Permaingénieurs pourrait créer une dynamique, et amener la société, puis les politiques, à faire des choix rendant caduques bon nombre de technologies polluantes, et permettant l’utilisation de leurs alternatives.

Cela pourrait aider à définir de nouvelles orientations, en pérennisant les secteurs technologiques jugés nécessaires au confort minimal de l’homme (médecine… ?) et en renonçant progressivement à ceux qui détruisent la nature (fabrication de plastiques, énergies fossiles…). Dans ces choix, il faudra toujours garder à l’esprit le respect des limites planétaires, et la sobriété comme postulats de base.

                               Jean-Pascal BOIS

Permaingénieur, Consultant et formateur en Transition écologique

Responsable du groupe ADRASTIA Provence sud

Références :

[1] : https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/04/16/une-perte-de-sens-totale-le-blues-des-jeunes-ingenieurs-face-au-climat_5450927_4401467.html

[2] : « quelle éthique pour l’ingénieur ? », Laure FLANDRIN et fanny VERRAX

[3] : https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/quand-les-ingenieurs-font-scandale-au-quebec-1879/

[4] : « La guerre des métaux rares », Guillaume PITRON, 2018

[5] : « Or noir, la grande histoire du pétrole », Mathieu AUZANNEAU, 2016

[6] : voir le site http://adrastia.org/qui-sommes-nous/position-et-deontologie/

[7] : V MIGNEROT, conférence à science Po Reims, 5 février 2019

[8] : V MIGNEROT, « Construire un déclin », conférence à Lyon en juin 2015

[9] : https://theshiftproject.org/crises-climat%e2%80%89-plan-de-transformation-de-leconomie-francaise/

[10] : https://negawatt.org/

[11] : https://www.researchgate.net/publication/273456616_Ethique_de_l%27ingenierie_Un_champ_emergent_pour_le_developpement_professionnel

[12] : « introduction à la permaculture », Bill Mollison, ed. passerelle eco

[13] : http://fresqueduclimat.org/

[14] : http://www.collapsologie.fr/encyclop%C3%A9die/frontieres-planetaires/

[15] : voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Permaculture

[16] : « L’âge des low tech », Philippe BIHOUIX, ed. Seuil, 2014

[17] : magazine « Passerelle » n°21 d’avril 2020

[18] : « Vers des technologies sobres et résilientes, pourquoi et comment développer l’innovation low tech ? » – fabrique écologique. https://www.lafabriqueecologique.fr/

[19] : https://www.researchgate.net/publication/273456616_Ethique_de_l%27ingenierie_Un_champ_emergent_pour_le_developpement_professionnel

[20] : https://www.environnement-magazine.fr/territoires/article/2020/08/21/129827/ecole-des-mines-saintetienne-prepare-une-rentree-sous-signe-developpement-durable

[21] http://www.ac-grenoble.fr/comptesimbriques/lycee/vaucanson/philosophie/charte_ethique_ingenieur.htm

[22] : https://www.iesf.fr/752_p_49680/charte-ethique-de-l-ingenieur.html

[23] : voir le site www.greenwashing.fr/definition.html

Publié par permaingenieur

Ingénieur conseil et formation en transition écologique

2 commentaires sur « LA PERMAINGENIERIE »

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