Témoignage d’un changement de vie écologique familial (partie 2)

Partie 2 : Comment dépasser ses blocages ? Regarder la réalité en face, chercher du sens

Notre société, l’esprit humain, sont faits de telle manière qu’il est difficile de ne pas suivre le mouvement général et ses dogmes consuméristes. Changer ses propres habitudes contre la tendance sociétale prend du temps, et de l’obstination. Adopter une vie différente nécessite selon moi de la motivation, de la planification, et certainement un brin de folie (d’autres appellent cela du courage).

Pour comprendre ce phénomène et parvenir à transformer ses convictions écologiques en actes forts, commençons par nous poser ces questions : de quoi devrions nous prendre conscience ? Comment dépasser les verrouillages que nous subissons tous (déni, peur…) ?

Beaucoup de questions et peu de réponses… Voici mon expérience et ma vision sur ces thèmes.

Regarder la réalité en face :

La majeure partie de la population est au courant que la consommation d’énergies fossiles émet du CO2, que le climat se dérègle, que la biodiversité va mal etc. Mais en pratique, cela veut dire quoi ? quelle sont les perspectives à l’échelle de nos vies humaines ?

Voulant répondre à cette question, j’ai décidé il y a quelques années de me renseigner sur le sujet. J’ai commencé par lire le livre de P. SERVIGNE et R. STEVENS, « comment tout peut s’effondrer ». Comme pour beaucoup, la claque fut énorme.

Puis, pour consolider ma propre opinion, je me suis lancé dans la lecture des rapports du GIEC, et j’ai assisté à de nombreuses conférences sur le sujet. Le constat fut sans appel :

Avec un environnement qui se dégrade très vite, notre capacité à nourrir et soigner tout le monde, à vivre dans des conditions décentes et supportables, sont en train de s’amenuiser. Si l’on continue sur la tendance actuelle, elles vont rapidement disparaitre pour la majeure partie de la population (c’est déjà le cas pour pas mal de monde sur terre).

Au final, il est probable qu’une bonne partie de la planète ne soit tout simplement plus habitable, et ceci avant la fin du 21eme siècle :

Après avoir compris ça, je me suis demandé si il était bien cohérent de continuer ma vie comme si de rien n’était (ou avec des ajustements à la marge comme le tri des déchets ou la nourriture bio).

Ne devrais je pas essayer d’amoindrir les risques ? De m’y préparer autant que possible, pour ne pas me retrouver planté en cas de grosse crise ? Et surtout, de proposer une alternative à mes enfants (préparons le jour ou ils prendront eux aussi conscience) ?

Ma réponse fut OUI.

La période de prise de conscience fut un moment douloureux à passer (dépression, perte de sens…). Heureusement, j’ai pu m’entourer (associations, experts, amis…), et me faire aider (psy, sport, méditation…), ce qui ne fut pas du luxe !

Rechercher du sens :

Je me suis vite rendu compte que le mode de vie de ma petite famille (vie en ville, travail en industrie, voiture, voyages en avion, déchets…) n’était pas compatible avec cette prise de conscience.

Mais j’étais paralysé par la peur : « Si on change de vie, j’ai peur de ne pas avoir assez d’argent pour subsister, j’ai peur de quitter l’endroit ou je vis, j’ai peur de me planter car je n’y connais rien, j’ai peur de perdre mon confort gagné à la sueur de mon front, j’ai peur de foutre mon avenir en l’air, j’ai peur de déstabiliser mes enfants… »

J’ai beaucoup échangé sur ce sujet avec ma femme. Je lui ai également montré ma grande motivation au travers de tout un tas d’actes concrets : arrêt des voyages en avion, vente de ma voiture pour le vélo, mesure de notre empreinte carbone, création d’un compost dans le jardin, bénévolat dans une association, recherches et conférences sur le sujet…

Heureusement, elle a rapidement adhéré, et nous avons conclu qu’un changement de vie était inévitable. Mais, les possibilités sont nombreuses et dépendent de chacun. Certains voudront tout quitter, d’autres auront une approche plus progressive. Comment choisir ?

Ce qui nous a fait avancer, c’est la recherche de sens.

Nous avons rapidement pensé qu’il fallait trouver un lieu pour nous lancer dans l’autonomie et la sobriété. Il fallait également acquérir des tas de compétences (production alimentaire, santé par les pantes, autonomie énergétique, construction low tech…) qui nous seraient utiles pour entrer en résilience, c’est à dire être capables de mieux résister aux crises.

Nous avons donc cherché un endroit pour pouvoir cultiver et élever, être autonome en énergie et eau, développer un réseau d’entraide local, sans pour autant quitter tout de suite notre travail. Mais il fallait pour cela s’éloigner de la ville, des amis, changer les enfants d’école…

Nous avons longtemps tourné en rond : nous nous demandions si nous supporterions les longs trajets domicile-travail. Nous nous inquiétions car cultiver est une activité difficile, à laquelle nous ne connaissions rien, et qu’il serait difficile de trouver de l’aide. De plus, nos enfants n’étaient pas d’accord pour quitter leur amis et aller dans un endroit ou ils ne connaissaient personne.

Malgré tout, nous avons visité des fermes autour de chez nous, étudié l’habitat participatif ou les projets d’éco lieux. Mais il y a avait toujours quelque chose qui n’allait pas (le budget, la distance, l’endroit trop sec…). La désillusion était dure à encaisser.

Puis un jour, nous nous sommes posés cette question : ou avons nous envie d’aller ? Pour rendre le projet faisable, il fallait qu’il soit désirable et qu’il ait du sens.

La réponse est très vite apparue : retournons dans notre département d’origine, le Var (situé à 400km de notre lieu de vie), où vivent encore nos familles (parents, frères et sœurs, cousins..). Ainsi, nous aurons de l’aide en cas de problème (soutien, garde d’enfants, travaux et bricolage…), nous profiterons de nos proches et pourrons aussi les aider, participer aux événements familiaux…

Nous en avons alors parlé aux enfants, qui ont immédiatement adhéré. Le Var étant notre lieu de vacances en famille depuis leur naissance, ils n’étaient pas effrayés de s’y installer.

En validant ce choix familial, nous nous sommes rendu compte que l’envie dépassait les blocages. Ce qui m’a impressionné, c’est la rapidité avec laquelle nos angoisses se sont évaporées suite à ce choix. Car c’est le non choix, l’angoisse de ne rien lancer, qui nous ont terrifiés pendant longtemps, alors que nous regardions la planète se dégrader à grande vitesse.

Moyennant une période de préparation, nous avons lancé le projet : trouver un terrain avec une source, une forêt, dans une zone rurale, moyennant un crédit le plus petit possible. Nous lancer dans des activités qui ont du sens pour nous et notre vision de l’avenir : le conseil en transition écologique, l’herboristerie, la permaculture.

Une fois la décision prise, le bonheur est revenu, et tout a démarré progressivement. J’ai même pu trouver facilement une réponse à nos blocages :

  • nous n’aurons plus de boulot si on démissionne : on s’appuiera sur le programme de démission/reconversion/création d’entreprise de pole emploi, qui nous permettra de vivre pendant 2 ans, le temps de lancer notre nouvelle activité professionnelle.
  • on ne connait pas grand choses au conseil en transition écologique, ou à l’herboristerie : notre implication dans le milieu associatif nous a permis de développer des compétences, que nous finaliserons avec une formation financée par le compte personnel de formation.
  • que ferons nous en cas de coup dur, sans économies : la sobriété était la réponse. Avoir une vie sobre permettait d’économiser, le temps de lancer la transition, et de ne plus avoir besoin de beaucoup d’argent pour vivre. Nous avons donc réduit notre consommation, baissé le chauffage, limité nos déplacements… jusqu’à avoir mis un petit pécule de coté (cela a pris 2 ans).
  • nous n’avons jamais cultivé quoi que ce soit : nous avons suivi une formation en permaculture, et fait un essai de potager dans notre jardin (on a hésité avec les jardins familiaux de la commune). Cela nous a procuré beaucoup de satisfaction.
  • les enfants seront ils heureux (ils ne sont pas écolos du tout) ? nous allons nous efforcer de leur garder un accès classique à la société : transport scolaire proche, clubs de sport dans le coin, disponibilité de la famille, budget minimal pour répondre à leurs besoins… Nous allons aussi leur montrer l’exemple sans les contraindre (en cultivant, vivant sobrement…) pour qu’ils aient des références et puissent un jour nous rejoindre d’eux mêmes.
  • ou allons nous vivre ? nous avons cherché et fini par trouver un terrain dans le haut Var, avec une source et une vieille maison, accessible à nos moyens via un petit crédit raisonnable, l’immobilier étant bien moins cher qu’en ville.
  • serons nous heureux ? Nous avons des projets qui nous tiennent à cœur, cette nouvelle vie, plus lente et proche de la nature, sera une source de joies et de satisfactions au quotidien.

Voilà, faire un choix, donner du sens, se lancer dans quelque chose de désirable pour soi même, sont à mon avis des comportements essentiels dans ce type de projet.

Faisons le bilan…

Au moment ou j’écris ces lignes, voici 3 mois que nous sommes installés dans notre nouvelle vie.

Le bilan est positif, notre période de préparation ayant porté ses fruits. Les enfants sont bien intégrés dans leur nouvelle école, j’ai noué des contacts locaux pour mon activité de conseil, ma femme à trouvé sa formation d’herboriste, le design de notre jardin en perma est lancé, les travaux d’irrigation via notre source vont démarrer…

Dans mes moments de doutes, je me remémore pourquoi nous avons fait ce choix : vivre une vie conforme à notre prise de conscience, profiter en famille des dernières années/décennies de vie a peu près stable et normale, se préparer au mieux aux chocs à venir, et donner un espoir, un modèle à nos enfants, qui ne manqueront pas de prendre conscience eux aussi, un jour.

lien vers la partie 3 : Témoignage d’un changement de vie écologique familial (partie 3) : bilan, résilience alimentaire et nouveaux héros. (wordpress.com)

Bon courage à tous.

Jean-Pascal BOIS

Publié par permaingenieur

Ingénieur conseil et formation en transition écologique

8 commentaires sur « Témoignage d’un changement de vie écologique familial (partie 2) »

  1. Alors Bravo. Je vais relire ce post avec mon épouse ce soir, on arrivera peut etre à se motiver à 2, et à penser à une activité créatrice et porteuse de sens. Nous avons les memes blocages que vous: amis, enfants, écoles, confort de la banlieue privilégiée et de boulots sûrs… Au plaisir de lire la suite de votre nouvelle aventure.

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  2. Bonsoir ! je viens de lire le témoignage que tu partages et suis, et mon épouse aussi (je lui ai envoyé le lien -il est 23h00 elle bosse encore pour sa réunion de demain…) dans le même genre de réflexions… réaligner nos vies. Nous n’avons jamais été aussi conscient, et pourtant je ne franchis pas encore le pas de m’affranchir du système dans lequel nous sommes. Je suis donc admiratif de ton/votre audace à y aller, renoncer avec radicalité.
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    1. bonjour Yves,

      l’aliénation au travail peut s’avérer destructeur. L’immense apaisement que nous ressentons depuis que nous avons eu cette « audace », justifie à lui seul cette démarche. C’est notre ressenti. Ma femme me disait hier soir encore : « je suis heureuse d’être désormais préoccupée par notre projet, par la réussite de notre potager permacole, et plus tellement par la destruction du monde ». Notre changement de vie nous a permis de nous redonner de l’élan, apaisement, fierté, en dépit de nos inquiétudes sur l’avenir.

      je le conseille et le souhaite à tous.

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  3. Bonsoir ! je viens de lire le témoignage que tu partages et suis, et mon épouse aussi (je lui ai envoyé le lien -il est 23h00 elle bosse encore pour sa réunion de demain…) dans le même genre de réflexions… réaligner nos vies. Nous n’avons jamais été aussi conscient, et pourtant je ne franchis pas encore le pas de m’affranchir du système dans lequel nous sommes. Je suis donc admiratif de ton/votre audace à y aller, renoncer avec radicalité.
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