Témoignage d’un changement de vie écologique familial (partie 3) : bilan, résilience alimentaire et nouveaux héros.

« Entre la civilisation et le chaos, il n’y a que neuf repas ». ALFRED HENRY LEWIS, 1906

Maintenant que notre projet est lancé dans ses grandes lignes, nous entrons dans une phase de travaux, mais aussi de réflexion sur les orientations précises que nous voulons prendre. Cette étape est nécessaire pour cadrer nos actions, et ne pas s’épuiser face à la multitude de choses à faire ; le passage d’un emploi de cadre dans l’industrie à une liberté totale de mouvement en travaillant à mon compte, m’a donné un sentiment de liberté que je n’avais plus rencontré depuis très longtemps. Je voudrais tout lancer en même temps. Cette frénésie m’a d’ailleurs amené à me blesser (rien de grave) en faisant quelques menus travaux, ce qui ne facilite pas le quotidien.

Voici un bilan rapide des directions prises ces dernières semaines :

Coté personnel, après avoir construit un escalier extérieur (terrain en pente raide), fait le design, et testé le sol de notre terrain (plutôt argileux), nous avons fait un plan de rotation de cultures, commencé nos premières plantations (des fèves !), avec un sol sous couvert végétal dans notre potager permacole. Nous avons également débroussaillé, commencé à refaire les restanques, prévu un poulailler (les poules doivent arriver au printemps), soigné et planté des fruitiers… Nous rénovons aussi la maison. Et ce n’est que le début.

Coté professionnel, ma femme a trouvé sa voie ; elle démarre sa formation d’herboriste dans un mois, elle lui permettra de se lancer dans la culture et la transformation de plantes aromatiques et médicinales. Elle a déjà identifié le lieu de son stage (à 10 minutes de chez nous), ce type d’activité semblant se développer localement.

Pour ma part, mes contacts associatifs m’ont permis d’intégrer une « société à mission » dans le conseil en transition écologique. Cette coopérative regroupe des talents et compétences variées, permettant de répondre à divers appels d’offres. Je continue également de provoquer des contacts dans les collectivités locales proches de chez moi.

Après pas mal de recherches, j’ai identifié le sujet sur lequel je veux me focaliser en priorité : la résilience alimentaire. Cette approche me semble être la plus efficace, tant elle a une dimension systémique. J’ai donc lancé un diagnostic alimentaire du territoire en m’appuyant sur la méthode développée par les greniers d’abondance (https://resiliencealimentaire.org/ ).

On le sait assez peu, mais ce sujet constitue une menace croissante pour la stabilité et la sécurité de notre pays (voir la proposition de résolution portée au sénat en 2019 : http://www.francoiselaborde.fr/images/interventions_PPR588_resilience_alimentaire_121219.pdf).

Tout d’abord, tentons une définition simple et concise : La résilience alimentaire est la capacité du système alimentaire à continuer à fournir l’alimentation à la population en cas de crise.

Les spécialistes, les scientifiques, nous rappellent qu’au vu de la dépendance aux énergies fossiles d’une industrie alimentaire mondialisée, dans un contexte de dégradation écologique (voir les rapports du GIEC et de l’IPBES) et de déclin énergétique (https://oilprice.com/Energy/Energy-General/Oil-Major-Total-Sees-10-Million-Bpd-Supply-Gap-In-2025.html), cette capacité est tout sauf garantie. Le risque de rupture s’accroit même rapidement (baisse des rendements, crises sanitaires…). Or, si les populations n’ont plus à manger, la situation sociale peut très rapidement se dégrader…

La résilience alimentaire doit s’appliquer à un territoire cohérent, une « bio région » selon la définition de l’institut momentum (https://www.institutmomentum.org/) Le meilleur levier d’action est celui des collectivités territoriales. Pour lancer mes travaux, j’ai donc choisi le niveau d’une intercommunalité.

En plus de préserver notre capacité à nous nourrir, cette approche systémique permet de traiter efficacement plusieurs problématiques environnementales essentielles :

  • baisse des émissions de CO2 : la relocalisation, les circuits courts, une alimentation plus végétale
  • diminution des déchets : vrac, recyclage des nutriments, raccourcissement de la logistique…
  • préservation et reconstruction de la biodiversité, avec l’agroécologie généralisée
  • préservation des ressources en eau
  • emploi, lien social, avec la mise en réseau local, l’agriculture urbaine, la transmission des fermes, l’installation de néo ruraux…
  • santé : repas plus végétal, sans intrants chimiques, activité physique au jardin…

Je compte promouvoir ma vision auprès des élus, associations et habitants, en m’appuyant sur le diagnostic territorial que je réalise actuellement. J’espère pouvoir mettre en place un plan d’action avec les parties prenantes (agglomération, mairies, acteurs de l’alimentation…) le plus vite possible, tant l’urgence est grande.

Au final, nos activités se regroupent sous le prisme de l’alimentation : développement d’une production permacole dans notre potager, études sur la résilience locale et plan d’action, formation à la culture des plantes médicinales et aromatiques, vente en direct ou AMAP à terme…

Voilà pour la partie pratique.

Je veux aussi revenir sur les bienfaits psychologiques ressentis suite à notre changement de vie.

J’ai découvert que vivre en conformité avec ses principes apporte un bonheur quotidien qui dépasse le réconfort éphémère promis par les loisirs modernes (les parcs d’attraction, les cinémas, la consommation…). A l’inverse, comme je l’ai fait durant ma première partie de vie, se contraindre à adopter les principes d’une société polluante et injuste socialement, m’a plutôt apporté du mal-être.

Pour moi, ceux qui « réussissent » leur vie, qui sont admirables, ne sont pas ceux qui gagnent beaucoup d’argent, mais ceux qui respectent les limites planétaires, et œuvrent à construire un avenir durable, agréable, préservé.

Je suis persuadé qu’avec la récurrence et la violence des crises écologiques et sociales en cours et annoncées, la plupart des gens prendra conscience de la situation dramatique dans laquelle nous sommes, et surtout de ses conséquences. Les jugements (« mais qui est responsable de tout ça ? »), les orientations (« et si j’arrêtais de consommer ? ») et les attentes (« le gouvernement aurait dû nous protéger ») des habitants de notre planète basculeront rapidement, et de manière irréversible (https://bonpote.com/climat-point-de-bascule-et-optimisme/).

Ainsi, ceux qui ont contribué à détruire la nature pourraient être mis au ban de la société (sauf à changer rapidement d’attitude).

Les nouveaux héros populaires pourraient bientôt s’appeler Pierre RABHI, Jean-Marc JANCOVICI, Stéphane LINOU ou Pablo SERVIGNE, mais aussi eXtinction Rebellion, ou simplement le permaculteur du coin…

Et vous, qui sont vos héros ?

PS : au sujet du dessin en tête d’article, je n’ai rien contre les pique niqueurs 😉

février 2021

Publié par permaingenieur

Ingénieur conseil et formation en transition écologique

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