Revue de presse du 30 septembre 2021 : Période de fortes turbulences mondiales

  1. Introduction :

De nombreux pays du monde vivent actuellement une période inédite sous bien des aspects.

Crise sanitaire du COVID 19, crise énergétique, effondrements de certains pays, pénuries alimentaires, catastrophes climatiques, arrêts de production de nombreuses usines…

Depuis deux ans, cette situation a subi une forte accélération, et devient largement inquiétante. Sommes-nous sur le point de basculer dans un effondrement des sociétés comme le prévoient de plus en plus de scientifiques et économistes ?

2.Ce que dit la littérature sur le risque d’effondrement :

Il existe de nombreux ouvrages sérieux sur ce sujet.

Je citerai ici les deux principales références de mon point de vue :

  • « The limits to growth », écrit par Denis Meadows, fameux professeur du très prestigieux Massachussetts Institute of Technology, et son équipe
  • « Comment tout peut s’effondrer » de Pablo SERVIGNE et Raphael STEVENS.

Dans le premier ouvrage, l’auteur étudie divers scénarii d’évolution de la société humaine avec l’aide d’un modèle mathématique baptisé World3, en fonction de plusieurs variables telles que la pollution, la croissance économique ou la population. Le scénario appelé « business as usual », qui correspond à la prolongation de la tendance actuelle au pillage des ressources planétaires et à la recherche d’une croissance infinie, évolue au milieu du 21eme siècle vers un effondrement global et rapide de la population humaine sur terre. Bien souvent les collapsologues retiennent l’année 2030 pour l’enclenchement de cet effondrement. Cette vaste étude a été remise à jour à plusieurs reprises depuis sa sortie en 1972, et ce scénario colle de très près à la réalité telle qu’elle évolue depuis.

Dans le second ouvrage, les auteurs nous expliquent, en résumé, que la société est devenue tellement complexe et interconnectée, les agressions à la nature tellement violentes, qu’un petit caillou inséré dans ses engrenages pourrait entrainer son effondrement d’ici peu de temps, avant 2030 selon Pablo SERVIGNE.

Nous allons voir plus loin que les petits cailloux se multiplient ces temps-ci.

Pour finir, il me parait utile de citer aussi les travaux de Dimitri ORLOV, qui a théorisé 5 stades pour l’effondrement d’une société :

1. Financier
2. Economique / commercial
3. Politique
4. Social
5. Culturel

Suite à cela, il est venu y ajouter le stade de l’effondrement écologique (6eme stade), qui empêcherait les autres secteurs de redémarrer.

3. Ce que dit la presse sur la conjoncture mondiale

La presse relate actuellement une accumulation d’évènements que j’interprète comme des « signaux faibles » (pas si faibles que ça d’ailleurs) nous menant à un potentiel effondrement. En voici quelques-uns :

La Chine, atelier du monde, se grippe :

  • Slate.fr, 9/7/21 : « Le niveau des précipitations dans les provinces chinoises du sud-est accuse un déficit de 50% à 80% depuis le mois d’octobre 2020, et 470.000 personnes souffrent de pénuries d’eau dans les régions rurales. Mais cette sécheresse prolongée a surtout de sérieuses conséquences sur l’économie. Les barrages hydroélectriques, qui assurent 18% de la production électrique chinoise, sont en sous-régime, et les centrales à charbon n’arrivent pas à combler la hausse de la demande, tirée par la forte reprise économique. »
  • Les Echos, 29/9/21 : « En chine, des coupures d’électricité monstres forcent les usines à l’arrêt…au moins 20 provinces et régions chinoises sont concernées, comptant pour les 2/3 du PIB du pays. Dans le Jiangsu, des aciéries ont été priées de fermer…dans le Zhejiang des usines textiles ont été mises à l’arrêt » : en cause selon le journal, les pénuries énergétiques, la très forte reprise post covid, et le dépassement des budgets carbone des entreprises qui les forcent à arrêter de produire.

Le Liban s’effondre :

  • FranceTVinfo, 9/9/21 : depuis 2019, le pays est en cours d’effondrement économique et social : « Plus d’électricité, plus d’argent dans les banques, des salaires non versés… Le Liban s’effondre. Et des vies sont en danger dans les hôpitaux. Les médecins et les familles appellent au secours. »
  • Le figaro, 4/8/21 : « une baisse du salaire moyen à 100 dollars (alors qu’il était à près de 1000 avant la crise), et une inflation galopante qui a multiplié (a minima) par 10 les prix des produits alimentaires de base comme le riz, l’huile, le sucre, les pâtes ou la viande. Ceci, sans aucune augmentation des salaires des Libanais en contrepartie. »

Dés pénuries alimentaires liées au climat :

  • La voix du nord, 1/9/21 : La production de blé dur a été grandement réduite par la sécheresse et le fameux dôme de chaleur qui a fait monter l’ouest canadien a quasiment 50°c cet été : « Le réchauffement climatique met en danger le marché des pâtes alimentaires, s’alarme le syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires dans un communiqué du 16 août. Des pluies beaucoup trop soutenues en Europe, et une sécheresse sans précédent au Canada ont provoqué cette grande première. » 
  • France24, 10/7/21 : le nombre de personnes souffrant de pénurie alimentaire a fortement augmenté : « en 2021, 155 millions de personnes, réparties dans 55 pays, sont confrontées à des niveaux d’insécurité alimentaire extrêmes. Cela concerne 20 millions de personnes supplémentaires par rapport à l’année 2020. Cette situation alarmante s’explique par le « cocktail explosif des trois ‘C’ : les conflits, la Covid-19 et la crise climatique », écrit Oxfam dans son rapport. À cause de la sécheresse, les terres sont plus sèches et moins fertiles. Cela impacte la qualité des rendements et de la qualité nutritionnelle des cultures et cela augmente les prix car les cultures se réduisent, explique Hélène Botreau. »

Les prix de l’énergie explosent, menaçant l’économie mondiale :

  • Les Echos, 29/9/21 : « Le prix de l’énergie a été multiplié par 3 depuis janvier 2021. Certains industriels de la sidérurgie… ont stoppé les machines. Par ailleurs, plusieurs producteurs européens ont dû fermer provisoirement leurs usines d’ammoniac…la production devient économiquement impossible avec la flambée du prix du gaz. La production de certains engrais n’est donc plus viable. »

Des pénuries alimentaires et d’essence liées aux problèmes logistiques :

  • La Tribune, 26/9/21 : le Brexit a provoqué une pénurie de routiers au Royaume uni : « Selon la fédération britannique du transport routier (RHA), la Grande-Bretagne a besoin de 100.000 routiers supplémentaires. Les images de files interminables de voitures aux stations-service, s’ajoutent à celles de rayons vides dans certains supermarchés. La chaîne Nando’s a fermé provisoirement des douzaines de restaurants faute de poulets ».
  • L’express.fr, 25/9/21 : les problèmes logistiques entrainent des pénuries d’essence au Royaume uni : « La pénurie d’essence inquiète ces derniers jours tout le pays et fait la Une des journaux. Le groupe britannique BP a indiqué avoir fermé une vingtaine de stations sur 1200, tandis qu’entre 50 et 100 manquent d’au moins un type de carburant

4. Une accumulation de signaux faibles, aggravée par la crise écologique.

Il semble donc que la succession de signaux faibles s’accélère, et converge globalement vers un grippage de l’économie mondiale, qui reçoit des coups de boutoir de plus en plus forts.

Si l’on s’en réfère aux travaux de Dimitri ORLOV, le monde est, localement, en situation d’effondrement économique, logistique, énergétique, financier et/ou social. Cette situation, ajoutée à l’effondrement écologique en cours, pourrait nous mener tout droit au déclin de nos société et à l’effondrement de la population dans un avenir proche (cf travaux de D MEADOWS).

A ce stade, nous sommes à mon avis encore dans une phase transitoire dont les risques à court termes sont :

  • Une inflation galopante, annihilant pouvoir d’achat et épargne des ménages
  • Une crise sociale majeure et une explosion du taux de chômage dans les pays développés
  • Un arrêt brutal de la disponibilité de certains biens de consommation
  • Une crise alimentaire et énergétique forte dans les pays en développement
  • Une forte augmentation des flux migratoires vers les pays riches au climat tempéré

4. Et alors, que fait-on ?

Si l’on fait preuve d’un peu d’esprit d’analyse, on se rend bien compte que nos sociétés ne sont pas résilientes face à ces crises (cf les travaux de P SERVIGNE et R STEVENS), qu’elles manquent clairement d’autonomie et de résistance.

En résumé, en cas de problème majeur, les conséquences systémiques seront telles qu’elle ne seront pas gérables, et qu’il ne faudra guère attendre d’aide magique des pouvoirs publics. Cela risque fort d’être le règne du chacun pour soi.

Il me parait donc nécessaire de se préparer pour tenter d’amortir la force de la crise.

Voici quelques exemples d’actions menant à augmenter notre résilience :

  • Développer la résilience alimentaire locale : pousser les élus et les habitants à accélérer leurs actions sur ce thème, à créer des potagers en permaculture, à se grouper en ferme coopérative locale pour avoir des œufs, du pain, du fromage…
  • Développer notre autonomie énergétique : sobriété et autoproduction locale en sont les maitres mots. Il faut d’urgence apprendre à se passer de pétrole, de gaz et de charbon, et développer ou pérenniser des moyens de production « propres » (autant que cela soit possible) comme l’hydroélectrique (pas évident avec la sècheresse), le solaire thermique, ou le nucléaire (souvent décrié pour le risque technologique qu’il fait courir).
  • Apprendre à se soigner sans la médecine et la pharmacologie industrielle modernes : renforcer son immunité naturelle grâce au sport et à l’alimentation, re découvrir l’herboristerie et les plantes médicinales utilisées pendant des siècles pour se soigner.
  • et surement d’autres choses…

Bien sûr, ceci ne fonctionnera que si nous sommes capables de maintenir une société socialement juste et solidaire, pour éviter les crises sociales et autres guerres civiles. Le réseau, le partage, l’entraide sont donc des comportements essentiels dans ce cadre.

La transition vers ces nouveaux modes de fonctionnement est longue et difficile. Il convient donc de s’y mettre tout de suite.

Que la force soit avec nous !

Jean-Pascal BOIS

29/09/2021

Publié par permaingenieur

Ingénieur conseil et formation en transition écologique

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